En Quête De Couleur Locale – A La Gare, Ouvrez Bien L’Oeil! Gare Aux Escamoteurs!

luggages

Voici comment notre compatriote Osman Jérôme, Licencié en Psychologie et Diplômé en Communication Sociale, décrit une Gare haïtienne : “Une portion de terre, des autobus, des camions, des taxis, un petit marché informel, des lots d’immondices empilées, pas de toilettes, une odeur pestilentielle, etc.”
Des dizaines de voyageurs vont et viennent dans tous les sens. Ils se déplacent avec difficulté au milieu d’un essaim braillard de vendeurs de boissons et de nourriture.
Le “Dieu plus fort”, un énorme autobus bariolé, fait son entrée à la gare dans un triomphe de coups de klaxons. Une musique stridente et agaçante exécutée par cinq avertisseurs en même temps. Couvert de poussière, tanguant un peu à cause de sa surcharge de passagers et de marchandises, le gros véhicule va se garer dans l’espace qui lui est réservé.
Donnant libre cours à une exigence irrépressible, trois messieurs, jambes vulgairement écartées, aspergent le bas d’un écriteau placé à quelques centimètres du sol, et sur lequel on peut lire : “Ede nou kenbe estasyon an prop”.
De très nombreux “bakoulous” (roublards ), “Mèt dams” (combinards ), ou détrousseurs, élégamment surnommés des “businessmen’, sillonnent activement tous les coins de la gare, à la recherche de pigeons à plumer. Ces messieurs sont rusés, audacieux, et entreprenants au possible. Ayant l’oeil exercé, ils ont vite fait de repérer les voyageurs empêtrés qui ont besoin d’aide.
Résolument et agressivement, ces débrouillards malhonnêtes s’abattent comme des “malfinis” (vautours) sur les voyageurs faiblards et lourdauds, leur arrachent leurs bagages qu’ils se mettent à transporter eux-mêmes , et en quelques secondes, ils installent leurs victimes dans un tap-tap (véhicule de transport public ) ou un taxi. Et comme ces businessmen sont des experts en passe-passe, les valises dont ils s’àtaient chargés ne tardent pas à s’évaporer dans la nature.
Monnaie courante. Fait divers et routinier. Au secours ! Bare volè. Où sont les deux messieurs qui étaient avec moi ? Apa mwen antrave. Yo sove ak tou le de malets yo.
Et on passe vite à autre chose. A la gare, pas de temps à perdre. Les affaires vont bon train, mais il faut se dépêcher.
– Bonjour, Madame, puis-je vous aider ? Voulez-vous que je vous appelle un taxi ?
– Je ne sais pas exactement. C’est la première fois que je viens à Port-au-Prince.
Justement, la déclaration à ne pas faire, pour ne pas s’attirer des ennuis graves. Fonceur et cupide, le businessman qui vient de proposer ses services, met immédiatement le grappin sur cette proie facile et idéale.
– Bel ti cheri mwen, ann ale, ordonne le combinard, en chargeant sur sa tête la pesante valise de la voyageuse.
– Ou m’emmenez-vous ?
– Soyez tranquille. Vous êtes en bonnes mains. Ici, tout le monde me connaît. Je m’ appelle Jean Ladouceur,, mais on me désigne plus couramment sous l’appellation de “Ti Jean Au Cap”.
Et le méchant loup à peau de brebis s’éloigne gaillardement avec sa naïve colombe, pour aller lui tordre le cou. C. D.

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